Fiche d’identité
Nom : Rollit
Prénom : Phil
Age : 64 ans
Profession : Réalisateur audiovisuel
Né à Paris et Parisien de cœur, Phil s’entraîne souvent autour du Champ de Mars et des Invalides où il habite. Il adore la glisse sous toutes ses formes : ski slalom géant, surf, bodyboard, boomerang… et bien sûr le patinage ! Il a appris à patiner avec une équipe de hockey sur glace à l’époque où Paris offrait encore de nombreuses patinoires ! Il pratique et il enseigne le tai chi chuan pour entretenir la souplesse et la forme. Dans cette interview, Phil nous évoque les aspects techniques et personnels de son « métier ».
Mais auparavant, pour les besoins de cette interview, Phil nous explique comment il est entré dans le monde du roller de vitesse :
« J’ai commencé par réaliser l’émission RollerTV sur le diffuseur généraliste CanalWeb il y a déjà 7 ans. C’était une hebdomadaire de 26 minutes diffusée en direct puis en différé à la demande sur Internet. Nombreux sont les acteurs du monde du roller parisien qui y ont participé et qui s’en souviennent encore ! Puis j’ai filmé et mis en ligne sur le site actuel RollerTV.com, les principales épreuves européennes de downhill, slalom figures, slalom vitesse, etc. Cependant le roller de vitesse représente pour moi la quintessence du geste de patinage et c’est en esthète que je filme ces patineurs. Je me suis rapproché de divers techniciens de cette discipline, ce qui m’a permis de réaliser une série de films techniques qui ont eu un grand succès. D’autres sont en projet. J’ai donc commencé à filmer des patineurs de vitesse lors des marathons. Mon avis est que ces épreuves reines donnent à voir ce que le patinage en ligne peut offrir de plus beau et de plus abouti… »
Bonjour Phil. Tout d’abord une question technique qui intéressera les passionnés de photographie et les amateurs : quel type de caméra et d’appareil photo utilises-tu ?
Je dispose de trois caméras que j’utilise selon les besoins. Deux sont très légères dont une ultra rapide pour les ralentis. La troisième, une triCCD, assure une meilleure qualité tout en restant d’un poids acceptable, embarquée une heure à bout de bras sur une moto ! Je filme en DV car c’est facile et bon marché. Je ne soigne pas spécialement la prise de son parce qu’aux environs des arches d’arrivée, le son est atroce. J’utilise souvent des micros directionnels pendant les interviews pour éviter de prendre trop de sons d’ambiance. En revanche, je laisse le son d’ambiance (sans le vent) lorsque je filme en moto car le bruit des roues participe au rythme des patineurs.
Comment prépares-tu ton matériel avant de descendre sur un marathon ?
Quand je repense à toutes les courses, je m’aperçois que jamais je n’ai raté un reportage à cause du matériel. Bien sûr, je prends une autre caméra toute prête au cas où… Je l’ai sortie il y a deux ans, le jour où j’ai grillé un écran LCD sous une soudaine averse, une sorte de déluge dont seule Rennes a le secret. Les batteries actuelles sont tout à fait capables de supporter cinq heures de tournage : de ce côté, pas de souci ! Dans l’ensemble, le problème du matériel est moins crucial pour moi que pour les coureurs !
Est-ce que tu fais un travail de repérage avant les courses pour savoir où sont les meilleures prises de vue ? Et comment se fait la collaboration avec les pilotes de motos ?
Une fois l’aspect matériel assuré, je peux me consacrer à l’avant-course qui consiste à fureter autour des voitures et des stands, à rencontrer les patineurs, et surtout le pilote moto qui, dans le meilleur des cas, m’est attribué. A ce sujet, je dois souvent me contenter de quelques tours de moto comme une faveur, en particulier pour les marathons Elites et surtout pendant les FIC classées WIC. Car c’est Sport +, FR3 et certains autres partenaires mieux introduits qui ont les faveurs des organisateurs… Et en conséquence les motos. Des motards spécialisés pour filmer les courses existent bien mais ils sont très chers. Seuls quelques rares prestataires peuvent se les offrir. Il m’est cependant arrivé de tomber sur un ou deux motards géniaux, possédant naturellement le sens du cadre et de la prise de vue, qui me faisaient des travellings en s’arrangeant pour ne jamais nous placer à contre jour. Bref, ne rêvons pas, hélas pour nous, les motards sont des bénévoles peu sensibles aux exigences d’une caméra. De plus, il est très rare de retrouver un même motard d’une année sur l’autre - quelquefois aussi à notre grand soulagement ! En effet la grande majorité de ces motards n’ont jamais côtoyé de patineurs. Quelques-uns ont occasionnellement ouvert ou suivi des courses de vélo. Les instructions données par les organisateurs sont avant tout sécuritaires… Souvent en totale contradiction avec les souhaits professionnels des cameramen. Le résultat est que ces motards sont mal à l’aise pour doubler le long des paquets, possèdent des rétroviseurs insuffisants pour voir les patineurs placés en arrière, et ils paniquent lors des entrées/sorties de virages et de ronds-points. Les patineurs leur déboulent alors immanquablement sur l’arrière et c’est surtout grâce à l’agilité des coureurs qu’aucun accident sérieux n’est encore à déplorer. Il est intéressant de noter que les « motos dédiées aux média » n’existent simplement pas dans les épreuves de la SIC, prévoyance sécuritaire suisse oblige.
Ca va peut-être en surprendre plus d’un, mais peux-tu dire que, comme les athlètes, tu participes aussi intensivement à la course ?
Un motard expérimenté et habile est capable de mieux nous faire suivre
la course. Les séquences et les plans se succèdent dans un ordre et avec une précision tels que le montage devient un jeu d’enfant, parce que les images parlent d’elles-mêmes. D’autre part, il faut bien considérer qu’un marathon comme la FIC est fait de deux courses, celle des hommes et celle des femmes. Passer d’une course à l’autre sans perdre le fil, voilà
la difficulté. Car filmer l’une se fait toujours au dépens de l’autre. Il sera évidemment tentant de filmer une échappée de bout en bout, mais ce qui se passe dans le paquet est également intéressant. Et les poursuites sont de loin les moments les plus chargés d’émotions et de suspense !
Qu’est-ce que c’est, pour toi, une course parfaite ?
La course idéalement filmée serait celle où chacune des actions majeures serait suivie, mettant en évidence les stratégies dans les équipes, mais aussi les échappées, les poursuites, l’effort rythmé dans les côtes, les magnifiques croisés dans les virages, les efforts solitaires, les sprints et les arrivées ! Avec en plus les interviews à chaud ! C’est mon meilleur souhait à chaque course : donner un aperçu des moments forts avec en point d’orgue l’effort de chacun. Le geste sportif individuel et collectif, dans le cadre et avec la mise en scène d’une course marathon. En vérité, il n’y a pas spécialement de bonnes images quand on fait de la vidéo sportive : pour moi, le propos est de suivre une action dans son intention et sa durée en cherchant la charnière qui conduira au plan suivant. Par exemple, un regard vers l’arrière d’un échappé traduit l’inquiétude : en suivant son regard, la caméra montre aussi l’objet de ce regard, c’est-à-dire la chasse qui s’organise derrière lui. Ce sera le plan suivant. Les « belles » images sont plutôt du domaine de la photographie.
Qu’est-ce qui, au fil des saisons, te passionnes toujours autant dans ce sport et ta façon de l’aborder ?
Je trouve toujours plus d’intérêt à suivre les courses parce que je connais de mieux en mieux les patineurs et les organisateurs qui font ensemble un travail formidable. Je pense que le marathon de vitesse est une course qui devrait connaître un grand essor. Qu’il soit un ville à ville ou un circuit urbain, sa durée d’une heure et demie livre un spectacle vivant et de grande qualité. L’écho que RollerTV donne de chaque marathon participe à mieux faire apprécier ce sport exigeant et beau.
Est-ce qu’on peut faire un parallèle entre ton boulot de reporter image et les patineurs de vitesse ?
On pourrait faire un parallèle entre mon travail et celui des patineurs. Oui, chacun à sa manière doit être prêt le jour J. Je rencontre les patineurs dans le train, on se côtoie dans les hôtels. Je participe au trac du départ et aux efforts déployés pendant
la course. Je me rappelle lorsque j’ai filmé l’ascension de
la célèbre Côte du Fossé, la moto chauffait et j’étais aussi trempé en arrivant sur le faux plat que Frank Cardin. Et puis, quelle ivresse dans la descente. Les joies et les déceptions, je les partage aussi dans les interviews.
Le travail de post-production est tout aussi important…
Après les podiums, les coupes distribuées, ma partie commence vraiment ; les images dans les cassettes DV, il faut les transférer sur ordinateur, puis les visionner, les monter, et enfin les mettre en ligne sur Internet. Je n’entrerai pas dans les détails de nos petits secrets de fabrication, je peux juste vous assurer que c’est une affaire de plusieurs jours. Nous avons parallèlement mis en place un système de porte-monnaie électronique qui permet à l’internaute de télécharger des films, et aussi de contribuer au fonctionnement de RollerTV. Paypal, le système choisi pour effectuer les achats de vidéos, répond à la vocation internationale de RollerTV en permettant des achats en devises. Quelques chiffres pour finir : RollerTV est hébergé chez le plus gros fournisseur d’accès européen avec une bande passante de 20 Mbits, ce qui permet de lire et de transférer les vidéos sans problèmes avec l’ADSL. En moyenne annuelle, 800 visiteurs/jour et 10 Goctets/jour transférés. Plus de 40% des visiteurs sont étrangers, en progression, ce qui montre l’intérêt suscité par le roller en ligne hors de France. Des projets de développement ? Oui si le temps et l’argent ne me manquent pas car tout cela est fait en plus de mon travail…
Un dernier mot Phil ?
Merci à Arnaud Gicquel, inventeur de la FIC ! Longue vie à notre sport et à bientôt sur les circuits.